Présentation

King Kong Théorie

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d’après Virginie Despentes (éditions Grasset, 2006)

adaptation et mise en scène : Emmanuelle Jacquemard
avec Rachel André, Marie-Julie Chalu, Célia Cordani, Ludivine Delahayes,  Lauréline Romuald
scénographie : Pauline Bernard

Viol, prostitution, pornographie : dans King Kong Théorie, son essai coup-de-poing, l’auteure et réalisatrice Virginie Despentes fait voler en éclats tous les tabous de la condition féminine, Dans le huis-clos d’un salon de beauté, ses mots prennent chair dans les corps de cinq femmes d’aujourd’hui. Un appel explosif à repenser la féminité et la masculinité, drôle, provocateur ou douloureux, mais résolument non-conformiste !

Téléchargez le dossier de présentation du spectacle en cliquant ici.

Du 8 au 11 avril 2015 au Théâtre de la Jonquière, Paris 17ème.
Du 12 janvier au 6 février 2016 aux Déchargeurs, Paris 1er.
Du 7 au 31 juillet 2016 au Théâtre La Luna, Festival Avignon Off.
Le 17 décembre 2016 au Sel de Sèvres (92) dans le cadre des 48h du Sel.

 


NOTE D’INTENTION

Il suffit d’une recherche Google pour se rendre compte d’à quel point King Kong Théorie continue de retentir, depuis sa publication en 2006, comme un pavé dans la mare des conventions sociales. Si l’ouvrage a fait l’objet de nombreuses critiques « officielles », plus ou moins élogieuses suivant la publication, il est surtout frappant d’observer le nombre de blogs, féministes, ou non, tenus par des femmes, ou non, qui le mentionnent, l’analysent et en publient des extraits. Comble de l’ironie, King Kong Théorie est même relayé sur le forum d’un site dédié à des conseils de séduction pour hommes hétérosexuels – avec les dérives auxquelles il faut bien entendu s’attendre…

Les raisons d’un tel engouement sont nombreuses : un texte court (une centaine de page), à la fois théorique, pratique et autobiographique. Un texte-manifeste – le mot est de l’éditeur – comme on en lit peu, qui procède d’une vraie expérience de la vie, un texte écrit avec les tripes, avec une rage, et surtout une sincérité dont peu d’ouvrages de ce type peuvent se targuer. Un texte qui est à la fois le reflet d’une sacrée personnalité et qui parvient au fil des lignes, à toucher à l’universel, à parler à tous et pour tous, hommes ou femmes, hétéros, homos, bis, trans, mères de familles, vieilles filles, célibataires endurcies et minettes pas si bêtes.

Découvert à demi-mot sur un plateau de théâtre, puis lu, relu et rerelu, King Kong Théorie fait partie des textes qui m’ont aidé à vivre, à traverser des moments de ma vie, à me construire, moi qui suis née vingt ans après Virginie Despentes et appartiens à une génération censée être toujours plus libérée, mais où la domination n’a pas tellement changé de côté. C’est aussi un texte que j’ai beaucoup partagé : en l’offrant, en le prêtant, en en parlant aux femmes et aux hommes de mon entourage, souvent dans des circonstances où cela me semblait nécessaire, c’est-à-dire des circonstances inattendues et bien souvent douloureuses. Au-delà de l’intime et du personnel, King Kong Théorie est aussi un texte fort de mon parcours théâtral. Car ce qui fait de ce texte plus qu’un simple objet théorique, c’est aussi son style, ce style-fleuve et fleuri, cet humour décapant, cette énergie qui affleure à chaque page, et qui vient servir un propos intrinsèquement théâtral. King Kong Théorie est théâtre en ce qu’il parle avant tout du corps : corps enfermé, entravé, violé, mais aussi corps libéré, montré, vendu de son plein gré ; corps sexuel, jouissant, exaltant, autant que corps désacralisé, corps à nu, corps sans artifice.

Récit de la construction d’une personnalité catégorisée comme « sulfureuse », King Kong Théorie transforme l’essai en allant bien au-delà d’un texte autobiographique : à travers l’expérience de Virginie Despentes, chacune d’entre nous peut retrouver sa propre histoire, sans qu’elle ne soit nécessairement similaire. Chacune, et chacun : car l’homme n’est jamais bien loin dans King Kong Théorie ; double nécessaire, parfois haï, parfois insulté, mais aussi analysé, disséqué, décrypté avec plus de tendresse qu’il n’y paraît, il est au centre de la réflexion de l’autrice, au centre même de son appel à changer les choses. Même, et peut-être surtout dans ses contradictions, King Kong Théorie parle de nous : de la façon dont, au 21ème siècle, après des décennies de domination masculine, nous essayons d’inventer la façon de vivre ensemble, avec tout ce qu’elle comporte d’injuste et de problématique.

Il s’agira donc de faire entendre ce texte, aussi fidèlement que possible, et sans céder à la facilité du politiquement correct, sur une scène de théâtre. Il s’agira de le faire entendre en inventant un théâtre où le corps occupera bien entendu une place centrale ; un théâtre à l’image du livre, drôle, structuré, intelligent, mais aussi provoc, trash, punk, hors cadres, hors champ, hors normes. Parce que King Kong Théorie est porteur d’une réflexion collective, je souhaite que ce texte soit porté par un collectif : un groupe de cinq comédiennes, volontairement hétérogène, qui s’appropriera et se répartira ce « je » si personnel et si universel. Cinq jeunes comédiennes d’aujourd’hui, aux corps, aux vécus, aux personnalités forcément plurielles. Le pari de cette adaptation est celui d’un ovni, d’un objet théâtral qui se veut créateur de débat, de réflexions et d’émotions.

Emmanuelle Jacquemard


NAISSANCE D’UN SPECTACLE

C’est sur le plateau d’un théâtre que j’ai découvert King Kong Théorie : début 2011, j’ai vingt-et-un ans, lors des premières représentations de Modèles, mis en scène par Pauline Bureau, j’entends pour la première fois le récit qu’elle fait de son viol. Ses mots me frappent en plein cœur ; même dans les années 2010, même dans les beaux quartiers, des filles se font agresser, violer, et j’en ai été la confidente plusieurs fois. Et puis cette sensation de ne pas être tout à fait dans la norme de la femme qu’on voudrait que je sois, d’être entravée, quelque part, de ne pas tout à fait oser m’affirmer… King Kong Théorie devient un texte essentiel pour moi, que je partage, que je fais lire, que je vais voir au théâtre (l’adaptation de Cécile Backès), que je travaille moi-même dans le cadre de ma formation de comédienne. À tel point que l’envie naît de le monter, de l’adapter pour un collectif de comédiennes. C’est pour créer ce spectacle que je crée la Compagnie 411 Pierres au printemps 2014. Je réunis autour de moi une équipe de comédiennes, avec lesquelles j’entretiens des complicités artistiques diverses. Il me faut maintenant demander les droits d’auteur : pendant l’été, je me décide enfin à contacter Virginie Despentes, dont, entre-temps, je suis devenue fan, à lui exposer mon projet et mon envie profonde de travailler sur son texte. Elle me donne son accord pour « utiliser King Kong Théorie, le mettre en scène le déclamer, whatever. » Le spectacle peut naître : à la rentrée, nous commençons à travailler, et en avril 2015, nous jouons les quatre premières représentations au Centre d’animation La Jonquière (Paris 17ème). Chaque soir, débats et réactions s’enchaînent : presque dix ans après sa publication, King Kong Théorie fait toujours autant réagir, et réfléchir. C’est dans cette même envie de réflexion et d’émulation collective que nous reprenons aujourd’hui le spectacle, avec un désir intact de faire entendre ce texte.

Emmanuelle Jacquemard